
Cette crise de l'emploi, et notamment de l'emploi industriel, frappe aujourd’hui toutes les régions de France. Dans chacun de mes déplacements, je vois ces visages d'hommes et de femmes terrorisés par l'annonce brutale de la fermeture de leur usine, je lis l'angoisse de ces ouvriers pour qui l'avenir est désormais en pointillés, la révolte de ces maires devant la vie de tout leur territoire qu'on assassine. Et à chaque fois, au final, malgré souvent des luttes en tout point remarquables, ces hommes et ces femmes se heurtent au même mur. Le mur de l'indifférence, parfois. Le mur de l'argent, toujours.
Quand dernièrement j'ai une fois encore, interpellé le gouvernement sur cette hécatombe de l'emploi en France, voilà ce que le ministre-patron Breton m'a répondu :« Vous avez l’air de refuser les profits, oubliant que ce sont les emplois de demain », précisant que « les profits sont nécessaires, car ils sont réinvestis ou redistribués, notamment grâce à la loi sur la participation, qui bénéficie aux dix millions de salariés qui sont directement ou indirectement intéressés aux profits des entreprises ».
La réalité n'a plus aucune prise sur ces gens là...

Les profits, on le sait bien, ne sont pas les emplois de demain. Jamais les grandes entreprises françaises n'ont dégagé autant de profit que ces dernières années. Vous le savez, 2006 a même été un record, avec plus de 74 milliards d'€ de profit pour les 40 premières entreprises nationales. Et jamais le chômage n'a été aussi élevé. Regardons l'exemple de Total ! 83% de son bénéfice historique, 12,6 milliards d'euros, soit le déficit de la sécurité sociale, ont été rendus aux actionnaires sous forme de dividendes, de rachats d’actions et d’opérations de restructuration. L’accord salarial 2006 chez Total n’a prévu qu’une augmentation de 2,5% et la compagnie refuse, par ailleurs, d’assumer une quelconque responsabilité dans la tragédie de l’Erika. Et pour ce qui est de préparer l'avenir et les emplois de demain, les dirigeants de Total envisageraient d'investir, à partir de 2010, quelques 100 millions d’€ chaque année dans les énergies renouvelables.... Malgré cette dernière manifestation de philanthropie, je crains que le théorème repris par notre ministre Breton soit encore une fois mal vérifié... Ils peuvent évidemment continuer à biaiser les chiffres de l'ANPE et à annoncer une baisse du chômage. Mais ils ne pourront pas travestir la réalité !
Et la réalité, c'est qu'en 2006, malgré ces profits records, l'emploi salarié n'a augmenté que de 0,9%, cette augmentation étant d'abord celle des emplois précaires.
La réalité, c'est qu'au delà de 2,1 millions de chômeurs déclarés, il y a des millions d'hommes et de femmes qui sont gommés des statistiques, comme leur vie est gommée du débat politique et de la vie médiatique. Et bien mois je ne veux pas ignorer ces chômeurs radiés des listes, ces hommes et ces femmes travaillant suffisamment en un mois, 78 heures, pour être considérés comme bénéficiant d'un emploi, mais suffisamment peu, évidemment, pour vivre dignement. Je ne veux pas ignorer ces ouvriers que l'on a privés de leur travail, à cinquante-cinq ans, à la fermeture de leur usine, et que l'on dispense de rechercher un travail, pour ne pas faire mentir leurs statistiques.
Je ne veux pas ignorer ces quatre millions de salariés à temps partiel, dont près des deux tiers aspirent à travailler plus, ni ces millions de jeunes réduits à la précarité !
Et parce que je veux que tous ces hommes et ces femmes puissent bénéficier d'un emploi stable et bien rémunéré, parce qu'il s'agit d'une exigence dont rien ne me fera dévier, il est urgent de se battre pour faire reculer ces idées, chaque jour démenties par l'actualité, qui restent pourtant partagées par tous les prétendants à l'Elysée qui ont les faveurs des médias. Nous avons à faire tomber ces idées révélées pour les journalistes et leurs experts. Nous avons à créer le débat là où il n'y a aujourd’hui que du consensus. Comment s'étonner, sinon, que le débat présidentiel s'égare dans l'énoncé de promesses soit dénuées de toute crédibilité, soit évidemment porteuses de reculs et de régressions supplémentaires pour la vie des Françaises et des Français.
En réalité, les uns et les autres ne veulent mettre en cause ni la domination des grands groupes ni leur quête fébrile de rentabilité financière. Ils ne contestent pas la domination des marchés financiers qui est l'arme des grands groupes pour chercher ces immenses ressources et donc dominer le monde. Ils ne veulent pas mettre en cause la dictature des actionnaires.
Et comme tous ces pouvoirs sont pour eux intangibles, ils ne peuvent avoir d'autre réponse au problème du chômage que la baisse des coûts salariaux.
Il faudrait donc encore baisser le coût du travail !
Mais cela fait vingt-cinq ans que le coût du travail ne cesse de baisser ! Au point que vous êtes aujourd’hui parmi les salariés les plus mal payés d'Europe, tout en étant les plus productifs.
Depuis vingt-cinq ans, la pression sur les salaires ne se dément pas. Depuis douze ans, 170 milliards d'€ ont été dépensés en allègement de cotisations sociales, aggravant d'autant les déficits publics et sociaux. Et la droite a persévéré ces cinq dernières années en encourageant systématiquement cette politique de baisse du coût du travail et des droits des salariés. Et pour quel résultat ? Le sous-emploi que l'on connaît, une échelle des salaires tirée vers le bas, des salariés mis en concurrence les uns les autres... Et dans le même temps, la modernisation de nos entreprises est considérablement freinée par l'insuffisance des qualifications et des investissements. Ainsi, c'est toute notre économie qui est plombée par ces politiques de baisse du coût du travail. En encourageant la baisse du coût du travail, on a incité les entreprises à utiliser les nouvelles technologies et leurs formidables potentiels de productivité d'abord et avant tout pour réduire les effectifs, peser sur les salaires, afin d'augmenter leurs profits. C'est ce qui explique l'écart grandissant ainsi créé entre le rythme de la croissance économique, si faible et pauvre en emplois, et l’augmentation si vive des profits des grandes entreprises.
Devant la gravité de la situation, comment pourrait-on imaginer que ces mêmes politiques, qui échouent depuis vingt-cinq ans, réussiront mieux demain, simplement parce que le nom du président aura changé !
Non, si l'on veut vraiment s'attaquer au chômage, il faudra d'abord remettre en cause le pouvoir et la domination des marchés financiers.
Comment en effet ne peut-on pas s'interroger, ce serait un minimum, sur l'efficacité d'une économie capable de lever 567 milliards d'€ en une année afin de financer la croissance des entreprises, pour au final n'en investir réellement que 30%, le reste s'étant dilapidé sur les marchés de capitaux ?
Ce chiffre, à lui seul, démontre toute la nocivité d'un système financier bâti pour le seul intérêt des banques et la seule promotion de sa propre rentabilité, au prix évidemment de la croissance de toute l'économie !
Nous sommes dans un pays où une multinationale comme Sanofi peut disposer sans délai d'un crédit à 2%, pour une somme de 50 milliards d'€, non pas pour investir dans de nouvelles molécules, mais pour déclencher une OPA hostile sur Aventis. Et dans ce même pays, une PME qui veut développer ses capacités et créer des emplois devra supporter un taux d'intérêt de 5 à 7% selon sa notation, et son patron placer sa résidence principale sous hypothèque !
C'est cette réalité qui explique les difficultés la faiblesse de la croissance et de l'investissement en France et donc l'ampleur de cette crise de l'emploi.
C'est cette réalité qui dérange, tant cette situation est d'abord la conséquence de choix politiques.
En effet, toucher aux banques, critiquer cette économie toute entière tournée vers la seule finance, c'est pointer du doigt la Banque centrale européenne, la banque des banques, et c'est donc l'exposer au débat démocratique. C'est contester une indépendance du pouvoir politique, qui est surtout une dépendance au pouvoir financier. C'est contester toute l'orientation politique et économique de l'Union européenne, rejetée par notre peuple, mais pour laquelle aujourd’hui, force est de constater, chacun se ligue, parmi les favoris de l'élection présidentielle, pour la préserver coûte que coûte.
Au-delà des nuances réelles qui séparent tous ces candidats officiels, comment ne pas voir aussi, leur commun accord sur le fait qu'il n'est pas souhaitable, ou pas possible, d'émanciper notre économie de la tutelle des marchés financiers ?
Ce que je veux dire dans cette campagne, c'est que si l'on veut en finir avec le chômage, il faudra bien d'abord briser cette loi du silence.
Il faudra s'appuyer sur cette expression démocratique pour réorienter la construction européenne et notamment transformer profondément le statut et les missions de la BCE, afin de mettre en place, progressivement, une politique du crédit qui favoriserait les investissements programmant davantage d’emplois et de formation pour mieux rationner les placements financiers.
__Je suis convaincue qu'en s'attaquant de cette façon à la domination des logiques financières sur notre économie, nous pourrons profondément transformer notre système financier et le rendre utile pour répondre aux besoins humains.
Car c'est bien là l'essentiel !__
Oui, parce que ces changements radicaux sont nécessaires, c'est être réaliste aujourd'hui que de porter l'idée que l'ambition de changement de la gauche, son ambition d'humanité et de progrès social, aujourd'hui encore plus qu'hier, ne pourra jamais se concrétiser sans une telle ambition de radicalité.
C'est parce que je ne veux plus connaître l'échec de la gauche au pouvoir que je ne veux pas me résigner à ce consensus mou, et disons-là tellement conservateur, selon lequel le politique n'aurait pas à se mêler de la liberté des acteurs opérant sur les marchés financiers. C'est parce que je veux répondre à toutes ces exigences sociales que je veux mettre à la disposition du politique, et donc des citoyennes et des citoyens, tous les pouvoirs nécessaires pour éradiquer le chômage. Et c'est parce que j'ai conscience que notre avenir se joue aussi dans la révolution informationnelle et donc que les besoins en formation, en recherche, en partage des savoirs vont exploser que je juge vital d'en finir avec tous ces gâchis pour avancer, enfin, vers une société de la connaissance et de pouvoirs partagés. Retrouver la voie du progrès social, c'est évidemment se mobiliser pour sécuriser l'emploi, pour tous et toutes, dans le pays. Face au chômage, face à la précarité, cette nécessité de chercher à sécuriser les parcours professionnels est maintenant partout reprise. Même Nicolas Sarkozy, l'apôtre du contrat de travail unique et donc de la précarisation générale du travail, reprend cette idée à son compte. Il est vrai qu'il n'est plus à une contradiction près. Ségolène Royal parle de sécurité sociale professionnelle. Les principales organisations de salariés, CFDT et CGT, travaillent également dans cette direction. Mais derrière ces mots et ces expressions souvent identiques, comment ne pas distinguer les profondes différences entre les projets des uns et des autres ? Ainsi, Les libéraux ont tenté une véritable OPA sur cette idée de sécurisation des parcours professionnels, réduite pour eux à la simple instauration de nouveaux mécanismes de prise en charge des chômeurs par l'Etat, qui ne seraient qu'une caution justifiant l'absence de toute responsabilité sociale des entreprises en matière d'emploi, d'investissement ou de formation.
Ainsi conçue, la sécurité sociale professionnelle n'aboutirait qu'à une société de pleine précarité. A l'image de ce qu'est le CNE, cette flexsécurité à la mode danoise ne consiste qu'à accroître les pouvoirs des entreprises, notamment de licencier, en contrepartie de la promesse faite aux salariés rejetés de quelques sécurités, pendant un court délai, sans que jamais ne leur soit garanti le retour à un emploi s’inscrivant dans une dynamique individuelle de promotion sociale.
Ce n'est pas ainsi que l'on répondra au drame du chômage. Ce n'est pas ainsi que l'on relancera notre économie !
Sécuriser l'emploi, pour moi, c'est d'abord protéger les entreprises des pressions de leurs actionnaires ou de leurs donneurs d'ordre.
C'est sur ce point, en priorité, que je suis interpellée dans tous mes déplacements. Encore hier, dans le Limousin, combien de salariés d'entreprises sous-traitantes de grands donneurs d'ordre m'ont interpellé sur les moyens dont nous disposions pour mettre en jeu la responsabilité sociale et territoriale de ces grandes entreprises ? Dans toutes ces entreprises, seuls les salariés et parfois leurs élus locaux sont attachés au développement de la production et de l'emploi. Leurs actionnaires ne pensent qu'à leur dividende immédiat, quelque soit son impact sur la croissance à long terme de l'entreprise. Et leurs donneurs d'ordres n'ont pas la moindre considération pour le travail de ces hommes et ces femmes. Ils n'ont externalisé que pour pouvoir baisser les coûts au maximum jusqu'à l'asphyxie, antichambre d'une prochaine délocalisation dont ils n'auront pas à assumer la responsabilité sociale...
Aussi, pour sécuriser l'emploi de ces millions d'hommes et de femmes, je suis convaincue de l'urgence à reconnaître aux salariés de nouveaux droits d'intervention dans la gestion des entreprises.
En effet, l'idée d'une responsabilité sociale des entreprises restera lettre morte tant que les salariés, notamment par l'intermédiaire de leurs comités d'entreprise, ne seront pas invités à discuter de la stratégie et des investissements de leur entreprise.
Ainsi, en cas de menace de délocalisation, les contre-propositions formulées notamment par les organisations syndicales devraient systématiquement pouvoir être discutées et expertisées dans les conseils d'administration.
Il me paraît tout autant essentiel de travailler à constituer de nouvelles relations entre les grands donneurs d’ordre et leurs sous-traitants qui soient favorables au développement des PME-PMI.
Il faut donc donner à ces entreprises et à leurs salariés les moyens de se protéger et donc la capacité à intervenir dans les choix de leurs donneurs d'ordre, notamment, par exemple, en permettant aux comités d'entreprise des entreprises sous-traitantes d'intervenir dans les choix stratégiques de leurs donneurs d'ordre.
Sécuriser l'emploi, c'est aussi agir pour garantir à chacun et à chacune soit un emploi stable et correctement rémunéré, soit une formation choisie permettant d'aller vers un nouvel emploi, choisi, avec une garantie de droits et de revenu relevés. C'est aller vers un système de sécurité d'emploi ou de formation.
Face à la précarité institutionnalisée, entre CNE, CDD et interim, je veux ainsi m'engager à ce que le CDI redevienne la norme de toute relation de travail. Parce que l'on ne peut pas vivre normalement ni avoir la moindre perspective d'avenir dans la précarité, tous les emplois précaires utilisés aujourd'hui devront être progressivement transformés en emplois stables et bien rémunérés.
Ainsi, le CNE et le contrat senior sera immédiatement abrogé. Le recours à l’intérim sera strictement réduit et les rémunérations des stagiaires protégées. Et de nouveaux droits devront être adossés au CDI, notamment pour mieux les sécuriser et accroître les droits à la formation reconnus à chaque salarié.
Je souhaite aussi que de nouveaux droits soient reconnus aux chômeurs. À l'inverse de la logique actuelle qui promeut des centres de placement privés désintéressés de l'avenir comme des souhaits des chômeurs, la création d'un véritable service public de sécurisation de l'emploi et de la formation s'impose, notamment, en premier lieu, pour accroître leurs droits à indemnisation.
Petit à petit, nous aurons la possibilité de sécuriser l’entrée des jeunes dans l’emploi, les parcours professionnels et la fin de vie active. Les jeunes, aujourd'hui les premières victimes de la précarité, pourraient bénéficier d'un CDI spécifique, avec un volet formation, un tutorat et tous les soutiens nécessaires, sans baisse de rémunération. Le licenciement des seniors serait profondément pénalisé.
Ces mesures et beaucoup d'autres sont autant de pistes, crédibles, donnant à voir en quoi cette sécurité d'emploi ou de formation est possible.
A ce titre, la co-élaboration d'une grande proposition de loi-cadre, engagée avec ces assises de l'emploi, me paraît déterminante. Elle sera un outil concret au service des luttes, sur le terrain, comme elles serviront pour mener la bataille politique et démontrer qu'une autre politique est possible à gauche. Elle est la démonstration qu'éradiquer le chômage n'est ni un slogan, ni une promesse vaine, mais bien une possibilité.
L'exigence d'en finir avec le chômage et la précarité est très forte dans le pays. Mais comme beaucoup d'autres attentes sociales, elle reste souvent enfouie, non exprimée, parce que perçue comme gentiment utopique.
Ce sont ces doutes et ce fatalisme que nous devons maintenant lever. Et dans ce cadre, les conclusions de ces assises pour l'emploi seront d'un apport considérable.
Oui, nous sommes suffisamment armés pour rendre incontournable à gauche l'idée que le chômage peut être vaincu mais qu'il ne saurait l'être sans se saisir de nouveaux pouvoirs, alternatifs, sans chercher à utiliser autrement l'argent. Là est une des clés du changement ; là est tout le sens de mon engagement, dans cette campagne, non seulement pour battre la droite, mais surtout pour faire triompher, à gauche, les propositions et les idées qui facilitent les grandes victoires populaires, dans les urnes, dans les luttes et, surtout pour la vie de tous les jours.